LE SILENCE AFRICAIN EST UNE COMPLICITÉ
En Tunisie, une voix s’est levée. Et on l’a fait taire.
Saadia Mosbah, figure de la lutte contre le racisme et défenseure des migrants subsahariens, a été condamnée à une lourde peine de prison pour des faits financiers que ses avocats contestent fermement. Cette condamnation intervient dans un climat délétère, marqué depuis 2023 par les déclarations du président Kaïs Saïed assimilant les migrants subsahariens à une menace démographique.
Depuis lors, les faits sont accablants :
des Africains chassés, humiliés, traqués, abandonnés dans le désert, parfois livrés à la mort lente — pendant que ceux qui leur tendent une main sont criminalisés.
Et face à cela, que fait l’Afrique ?
Elle regarde ailleurs.
Il faut avoir le courage de le dire :
Ce silence n’est pas neutre. Il est coupable.
Coupable parce qu’il valide, par défaut, une hiérarchie inacceptable des vies africaines.
Coupable parce qu’il installe l’idée que l’Africain n’est protégé que chez lui — et encore.
Coupable parce qu’il banalise l’humiliation d’un continent par lui-même.
Où sont les condamnations fermes ?
Où sont les convocations d’ambassadeurs ?
Où est la voix forte de l’Union africaine au-delà des déclarations de principe ?
À force de prudence diplomatique, l’Afrique est en train de perdre quelque chose de plus grave que son influence :
Elle perd son âme politique.
Car enfin, que vaut le panafricanisme si, face à la souffrance d’un Africain, il ne reste qu’un slogan vide ?
Que vaut notre mémoire de l’esclavage et de la colonisation si elle ne nous oblige pas à défendre les vivants ?
La vérité est brutale :
l’Afrique d’aujourd’hui tolère ce qu’elle aurait dû combattre hier.
Et pendant que les États calculent, négocient ou se taisent, des hommes, des femmes, des enfants — africains — errent dans le désert ou disparaissent en mer, dans une indifférence presque organisée.
Il est temps de rompre avec cette lâcheté collective.
Car une chose est certaine :
Le jour où l’Afrique cessera de défendre ses enfants, elle cessera d’exister comme conscience.