RDC : Félix Tshisekedi serre la vis sur les réformes et le secteur minier

Kinshasa – 24 avril.
Réuni à la Cité de l’Union africaine pour la 87ᵉ session ordinaire du Conseil des ministres, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a livré une communication dense et offensive. Au cœur de son message : accélérer les réformes, capter enfin les revenus miniers à leur juste niveau et mettre fin à l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Réformes : le temps de l’action concrète

Le chef de l’État n’a pas mâché ses mots : les réformes engagées doivent produire des résultats visibles, mesurables et rapides. Pour lui, la crédibilité de l’action publique et la confiance des citoyens en dépendent directement.

Dans cette logique, il a exigé du gouvernement une accélération nette de l’agenda législatif. Chaque ministre est désormais tenu d’établir un inventaire précis des réformes relevant de son secteur, en distinguant :

  • celles déjà adoptées mais encore incomplètement appliquées,
  • celles en cours d’examen au Parlement,
  • celles en préparation.
    Objectif : identifier les blocages et lever immédiatement les obstacles administratifs ou réglementaires. Le Président a particulièrement insisté sur la publication rapide des décrets et arrêtés d’application, souvent point faible du système.

Mines : une richesse encore mal captée

Avec plus de 3,4 millions de tonnes de cuivre exportées en 2025 et environ 220 000 tonnes de cobalt, la RDC confirme son statut de géant minier mondial.

Mais pour le Président, le problème n’est plus la production : il est désormais dans la faible captation des revenus.

En clair, une partie importante de la richesse générée échappe encore à l’État.
Parmi les failles identifiées :

  • insuffisance du contrôle des actifs miniers publics,
  • opacité dans certaines joint-ventures,
  • non-rapatriement d’une partie des devises issues des exportations,
  • circuits financiers parallèles et fraude.

Face à cela, le chef de l’État a ordonné un audit exhaustif sous 30 jours portant sur :

  • le respect des obligations de rapatriement des recettes,
  • la gouvernance des partenariats miniers,
  • l’évaluation des pertes pour le Trésor public.
    Cet audit devra déboucher sur des mesures de redressement concrètes.

Autre décision majeure : la mise en place d’une chaîne numérique intégrée de traçabilité reliant toutes les institutions concernées (douanes, banques, Banque centrale, services miniers). Aucune exportation ne devra désormais échapper au contrôle.

Guerre ouverte contre la fraude et l’exploitation illégale

Le ton est encore monté d’un cran sur la question de l’exploitation minière illicite. Le Président a dénoncé une situation « inacceptable », marquée par :

  • exploitation anarchique hors cadre légal,
  • destruction de terres agricoles,
  • pollution à grande échelle (notamment au cyanure),
  • violations graves des droits humains,
  • profanation de sépultures et tensions sociales.
    Ces activités, souvent organisées, génèrent des milliards de dollars hors circuit officiel, sans bénéfice pour l’État ni pour les populations locales.

Pour y mettre fin, un dispositif coercitif renforcé est annoncé, impliquant :

  • les ministères de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice et de l’Environnement,
  • les forces de sécurité,
  • les autorités provinciales.

Parmi les mesures envisagées :

  • saisie systématique des équipements illégaux,
  • sécurisation des sites miniers,
  • traçabilité renforcée des minerais,
  • poursuites judiciaires contre les réseaux impliqués.

Une bataille pour la souveraineté économique

Au-delà des annonces techniques, c’est une véritable ligne politique qui se dessine :

  • reprendre le contrôle des richesses nationales.

Pour le Président, la RDC ne peut plus se contenter d’être un grand producteur de minerais sans en tirer pleinement profit. La question minière devient ainsi un enjeu central de souveraineté monétaire, budgétaire et sociale.

Si ces mesures sont effectivement mises en œuvre, elles pourraient marquer un tournant majeur dans la gouvernance économique du pays.

Reste désormais à transformer ces orientations en résultats tangibles — un défi que le chef de l’État lui-même reconnaît comme décisif pour l’avenir.

En filigrane, un message clair : l’ère des réformes sans impact doit prendre fin. Place à l’efficacité, à la transparence et à la récupération des richesses nationales.

Gilbert Muhika

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