Migration : quand la Belgique parle à Kinshasa sans vraiment l’écouter

Il aura suffi d’une intervention au Parlement belge pour dévoiler ce que beaucoup pressentaient déjà : derrière les mots policés de coopération, la question migratoire entre la Belgique et la RDC reste profondément déséquilibrée.

La réaction du député Julien Ribaudo (PTB), consécutive à la visite de la ministre belge des Migrations à Kinshasa, n’est pas un simple échange technique. C’est un révélateur. Un révélateur d’un malaise politique en Belgique, mais surtout d’une ambiguïté persistante dans la manière dont l’Europe conçoit ses relations avec l’Afrique.

Car enfin, de quoi parle-t-on réellement ?
D’une ministre qui se rend à Kinshasa pour “discuter migration”.
Traduction politique : organiser, encadrer, voire accélérer les retours de migrants congolais en situation irrégulière. Une démarche que Bruxelles présente comme une nécessité administrative. Mais que Kinshasa ne peut se permettre de traiter comme un simple dossier technique.

La migration n’est pas un problème à exporter. C’est une conséquence à comprendre.
Et c’est là que le bât blesse.

Une coopération à sens unique ?

Depuis plusieurs années, l’Europe — et la Belgique en particulier — multiplie les accords dits de “gestion des flux migratoires”. Derrière cette formule se cache une réalité plus brute :

  • empêcher les départs
  • faciliter les expulsions
  • externaliser le contrôle des frontières européennes vers les pays africains

Mais à quel prix ?

  • Où sont les engagements structurants en retour ?
  • Où sont les investissements massifs créateurs d’emplois ?
  • Où est la politique de mobilité légale pour les jeunes africains qualifiés ?

Sans ces éléments, ces accords ressemblent moins à des partenariats qu’à des instruments de régulation unilatérale.

Kinshasa n’est pas un guichet migratoire

La RDC n’est pas un simple point de chute pour des politiques européennes en quête d’efficacité. Elle est un État souverain, confronté à ses propres défis économiques, sociaux et sécuritaires.
Accepter sans conditions une logique de “retour organisé” reviendrait à transformer le pays en zone de rétention à ciel ouvert, sans garantie d’intégration ni perspectives pour les personnes concernées.

Et c’est précisément ce que certaines voix en Belgique commencent elles-mêmes à dénoncer.

Une fracture politique… et morale

L’intervention du député du PTB traduit une fracture interne :

  • d’un côté, une approche sécuritaire et administrative de la migration
  • de l’autre, une critique qui questionne le fond : la justice, l’équilibre, la dignité

Mais cette fracture dépasse la Belgique. Elle renvoie à une interrogation plus large :
L’Europe veut-elle réellement un partenariat avec l’Afrique… ou simplement une solution à ses propres peurs ?

Le moment de vérité pour la RDC

Face à cette dynamique, la RDC ne peut plus se contenter d’une posture passive.
Elle doit poser des lignes rouges claires :

  • Pas d’accord migratoire sans contreparties économiques tangibles
  • Pas de coopération sans transfert réel d’opportunités
  • Pas de discussion sans respect strict de la dignité des citoyens congolais

La migration peut devenir un levier stratégique — mais uniquement si elle est intégrée dans une logique de co-développement, et non de gestion à sens unique.

Conclusion — Refuser l’évidence trompeuse

Ce que certains présentent comme une simple coopération migratoire est en réalité un test politique majeur.
Un test de souveraineté pour la RDC.
Un test de cohérence pour la Belgique.
Un test de sincérité pour le partenariat Afrique–Europe.

Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir comment renvoyer les migrants.
Mais pourquoi ils partent… et ce que l’on fait, ensemble, pour que partir ne soit plus une nécessité.

Gilbert Muhika

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