Infrastructures en RDC : beaucoup d’argent, peu de routes ? Ce que révèle un panel stratégique
Infrastructures en RDC : beaucoup d’argent, peu de routes ? Ce que révèle un panel stratégique
À première vue, la République démocratique du Congo n’a jamais autant mobilisé de ressources pour ses infrastructures. Pourtant, sur le terrain, les routes peinent à suivre. C’est ce paradoxe que le Panel 6 de la Conférence nationale sur les infrastructures a mis en lumière, à travers des interventions fortes du FONER, de l’ACGT et de l’APCSC — trois acteurs clés du secteur.
Le vrai problème : ce n’est pas l’argent
Le message le plus marquant est venu du Fonds National d’Entretien Routier (FONER). Son constat est sans détour :
le problème des infrastructures en RDC n’est pas d’abord financier, mais organisationnel.
Malgré des centaines de millions de dollars injectés dans l’entretien routier, les résultats restent limités. En cause :
– des travaux mal contrôlés,
– des délais non respectés,
– des risques de surfacturation,
– et surtout une faible capacité à utiliser efficacement les fonds disponibles.
Plus inquiétant encore, les ressources pourraient bientôt atteindre près d’un milliard de dollars grâce à de nouvelles réformes. Mais une question demeure : le secteur est-il prêt à gérer efficacement un tel volume d’argent ?
Routes inachevées : le prix du manque de planification
Du côté de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT), le diagnostic est tout aussi clair :
la RDC souffre d’un déficit chronique de planification.
L’exemple de la Route Nationale n°1 est frappant. Cette artère stratégique, qui traverse le pays d’ouest en est, reste incomplète après plus de 60 ans d’indépendance. Non pas faute de moyens, mais faute d’études solides et de programmation rigoureuse.
« Une bonne étude, c’est déjà 30 % du projet », rappelle Mr Nico NZAU, Directeur général de l’ACGT.
Dans plusieurs cas, les travaux ont même été lancés sans études préalables, parfois confiées aux mêmes entreprises chargées de construire — une pratique qui compromet la qualité et la transparence.
À cela s’ajoute un autre mal profond :
la politisation des projets d’infrastructures, souvent décidés en fonction d’intérêts conjoncturels plutôt que des besoins réels de l’économie.
Le secteur privé, grand absent… mais clé de la solution
Face à ces limites, une évidence s’impose : l’État ne peut pas tout faire seul.
C’est précisément le message porté par l’APCSC (Agence de Pilotage, de Coordination et de Suivi des Conventions de Collaboration signées entre la République Démocratique du Congo et les partenaires privés), qui se positionne comme le pont entre l’État et les investisseurs privés.
Dans la ligne de la vision du Président de la République, Félix Tshisekedi, l’APCSC appelle à passer « des discours aux résultats ».
L’agence met en avant un atout majeur souvent sous-exploité :
la loi sur les partenariats public-privé (2014), qui offre aux investisseurs :
– des garanties juridiques,
– des avantages fiscaux,
– et un cadre sécurisé pour investir en RDC.
Son ambition est claire : mobiliser au moins 1 milliard de dollars d’investissements privés pour financer des projets structurants.
Leçon du partenariat sino-congolais
Le panel a également évoqué l’expérience du partenariat sino-congolais, notamment à travers Sicomines.
Si ce modèle a permis certaines avancées, il rappelle une exigence fondamentale :
un partenariat n’a de valeur que s’il produit des infrastructures visibles et utiles à la population.
Une urgence : réformer tout le système
Au final, les trois interventions convergent vers une même conclusion :
le défi des infrastructures en RDC est systémique.
Trois priorités émergent :
- mieux organiser le secteur et clarifier les rôles ;
- planifier rigoureusement les projets avant leur exécution ;
- intégrer pleinement le secteur privé dans le financement et la réalisation.
Transformer les promesses en routes réelles
La vision du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, est ambitieuse : faire des infrastructures un moteur de croissance et de compétitivité.
Mais pour y parvenir, un changement de méthode s’impose :
moins de discours, plus de résultats.
Car au fond, la question n’est plus de savoir combien d’argent est disponible,
mais comment transformer cet argent en routes, en emplois et en développement réel pour les Congolais.
Gilbert Muhika
Les amis,
Je me permets de répondre à ma propre question en essayant, autant que possible, de mettre les émotions de côté pour privilégier une lecture fondée sur les outils de l’analyse économique et des politiques publiques.
À mon sens, l’octroi de récompenses importantes à une équipe nationale de football dans un contexte de fortes contraintes budgétaires publiques ne peut être jugé ni de manière purement émotionnelle, ni de manière purement morale. Il faut l’évaluer à partir d’un cadre conceptuel rigoureux, en tenant compte à la fois des bénéfices attendus, des coûts d’opportunité et des objectifs réels poursuivis par l’État.
D’abord, si l’on mobilise le cadre de l’analyse coût-bénéfice, il faut reconnaître qu’une récompense à une équipe nationale peut produire certains effets positifs. Elle peut renforcer la cohésion nationale, accroître la fierté collective, améliorer l’image internationale du pays, et encourager davantage de jeunes à investir le sport comme espace de discipline, d’effort et d’espérance. Ces bénéfices sont en partie immatériels, mais ils ne sont pas pour autant inexistants. L’économie moderne reconnaît d’ailleurs que le bien-être collectif ne se réduit pas aux seuls revenus monétaires. Dans cette logique, récompenser une performance sportive exceptionnelle peut être interprété comme une forme d’investissement symbolique dans le capital social et l’identité nationale.
Cependant, et c’est ici que la rigueur scientifique doit parler, cette conclusion n’est valable que si l’on compare ces bénéfices aux coûts d’opportunité. En d’autres termes : chaque franc ou chaque dollar attribué aux Léopards est un franc ou un dollar qui ne sera pas utilisé ailleurs. Or, dans un pays où des agents publics sont parfois impayés, où l’armée est engagée dans un effort de guerre, où les besoins sociaux élémentaires restent massifs, la question devient plus délicate. La théorie du choix public nous enseigne que les décisions de dépenses publiques ne sont pas toujours prises selon le critère du bien-être collectif maximal, mais peuvent aussi répondre à des calculs de popularité politique, de visibilité et de rendement électoral. Awa nde esengi tozala prudents. Une dépense peut être populaire sans être optimale.
Ensuite, si l’on mobilise la théorie du bien-être social, il faut se demander si cette dépense améliore réellement la condition collective de la nation de manière durable. Une récompense ponctuelle peut produire un effet de satisfaction immédiate, mais elle ne remplace ni une politique sportive structurée, ni une politique salariale cohérente, ni un investissement de long terme dans les infrastructures, la jeunesse ou la sécurité sociale. Autrement dit, si cette gratification n’est pas intégrée dans une vision plus large de développement du sport national, elle risque de relever davantage de la consommation politique immédiate que de l’investissement public durable.
Par ailleurs, la théorie des incitations peut être invoquée pour défendre cette récompense. En économie, on sait que les individus répondent aux incitations. Récompenser une équipe qui réalise une performance remarquable peut envoyer un signal positif : l’excellence nationale mérite reconnaissance. Cela peut encourager l’effort, la discipline et la performance future. Mais là encore, la cohérence importe. Une incitation n’est crédible et efficace que si elle s’inscrit dans un système juste et prévisible. Si l’État récompense généreusement certains acteurs visibles tout en laissant dans l’ombre d’autres serviteurs de la nation qui se sacrifient sans reconnaissance, il crée une distorsion morale et institutionnelle. JLB se pose la question : pourquoi certains méritent-ils immédiatement, et d’autres jamais ?
Ainsi, d’un point de vue strictement académique, ma position est nuancée : oui, il peut être économiquement et politiquement justifiable de récompenser une équipe nationale dans certaines circonstances, mais non, cela ne devient un bon investissement public que sous conditions. Ces conditions sont au moins au nombre de trois. Premièrement, la récompense doit rester proportionnée à la capacité budgétaire réelle de l’État. Deuxièmement, elle doit être cohérente avec l’ensemble des priorités publiques, notamment sociales et sécuritaires. Troisièmement, elle doit s’inscrire dans une stratégie plus large de développement du sport, et non dans une logique de réaction émotionnelle ou de communication politique.
En conclusion, je dirais ceci : récompenser les Léopards n’est pas en soi une erreur économique. Ce qui peut devenir problématique, c’est la désarticulation entre cette dépense symbolique et la hiérarchie réelle des urgences nationales. Ce n’est donc pas l’acte de récompenser qui doit être condamné ou applaudi aveuglément, mais plutôt son montant, son timing, sa cohérence et son inscription dans une politique publique rationnelle.
Comme professeur, je dirais que la bonne question n’est pas : “fallait-il récompenser ou non ?” La vraie question est : dans quel cadre de rationalité publique cette récompense trouve-t-elle sa légitimité ?
C’est là, me semble-t-il, que le débat devient intéressant. Totika malembe malembe passion, toya na terrain ya raison.
Prof. Muzinga, aka, Mwan’a Ngaba