Motion contre Shabani : quand l’irrégularité devient stratégie politique

La démocratie ne se résume pas à des postures spectaculaires. Elle repose sur des règles. Et lorsque ces règles sont piétinées au cœur même de l’Assemblée nationale, ce n’est plus un simple débat politique : c’est un signal d’alarme institutionnel.La motion de défiance dirigée contre le ministre Jacquemain Shabani Lukoo, présentée comme un acte de contrôle parlementaire, porte en réalité les germes d’un profond malaise : celui d’un Parlement qui flirt avec l’irrégularité au point de fragiliser sa propre crédibilité.Une motion entachée dès sa naissanceCe qui choque d’abord, ce n’est pas l’existence de la motion — légitime en démocratie — mais les conditions de son élaboration.Des informations concordantes évoquent la présence de signataires qui ne sont pas députés.Soyons clairs : – une motion parlementaire signée par des non-députés est juridiquement viciée.- ce n’est pas un détail technique, c’est une faute majeure.Dans tout État de droit, la qualité du signataire est une condition essentielle, non négociable. Introduire des signatures irrégulières revient à fabriquer artificiellement une majorité. C’est une fraude politique déguisée.Le chiffre trompeur des 56 signaturesOn nous parle de 56 signatures. Mais combien sont réellement valides ?Combien relèvent de :doublons,signatures contestées,ou signatures tout simplement inexistantes juridiquement ?Une motion dont le seuil repose sur des bases incertaines n’est pas une motion.C’est une illusion arithmétique.Le droit parlementaire est formel : le seuil doit être atteint de manière sincère, vérifiable et incontestable. À défaut, la procédure s’effondre.Un dangereux précédent pour la RépubliqueAccepter une telle motion, malgré ses irrégularités, serait une faute grave. Pourquoi ?Parce que cela reviendrait à dire :- que les règles peuvent être contournées,- que la légalité est secondaire face aux rapports de force,- que l’on peut instrumentaliser les institutions à des fins politiques.Ce serait ouvrir la porte à une dérive incontrôlable : demain, n’importe quelle minorité pourrait fabriquer une crise institutionnelle sur la base de procédés douteux.Le Parlement face à sa responsabilité historiqueL’Assemblée nationale est aujourd’hui face à un choix clair :- soit elle protège la rigueur juridique et rejette cette motion sans même l’examiner,- soit elle cède à la pression politique et accepte de cautionner une procédure entachée d’irrégularités.Mais qu’on ne s’y trompe pas :- ce n’est pas le sort d’un ministre qui est en jeu.- c’est la crédibilité du Parlement lui-même.Ce n’est pas une motion, c’est un test de maturité démocratiqueAu fond, cette affaire dépasse largement la personne de Jacquemain Shabani Lukoo.Elle pose une question essentielle :- La RDC veut-elle un Parlement de droit ou un Parlement d’opportunité ?Une motion irrégulière ne doit pas être discutée. Elle doit être écartée.Sans compromis. Sans calcul. Sans hésitation.L l’irrecevabilité comme acte de salut institutionnelRejeter cette motion ne serait pas un acte politique.Ce serait un acte de protection républicaine.Parce qu’une démocratie qui tolère l’irrégularité au sommet finit toujours par la subir à tous les niveaux.Et ce jour-là, il sera trop tard pour parler d’État de droit.

Gilbert Muhika

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