RDC : et si la révolution économique partait des champs ? Le pari audacieux des gouverneurs
Kinshasa – Et si la clé du développement de la République démocratique du Congo ne se trouvait ni dans ses mines, ni dans ses importations, mais dans ses terres fertiles, ses rivières et ses villages ?
C’est tout le sens du thème retenu pour la Conférence des gouverneurs : « Transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique : développement rural et connexion aux marchés urbains ». Une orientation qui pourrait bien marquer un tournant décisif dans la trajectoire économique du pays.
Une ambition claire : nourrir le pays et créer de la richesse locale
Derrière ce thème se cache une ambition simple mais puissante : produire localement, transformer sur place et consommer nationalement.
Aujourd’hui encore, malgré un potentiel agricole immense, la RDC dépend largement des importations alimentaires. Un paradoxe qui pèse lourd sur l’économie nationale et le pouvoir d’achat des ménages.
La nouvelle approche vise donc à transformer l’agriculture de subsistance en une véritable industrie créatrice de richesses et d’emplois. Il ne s’agit plus seulement de cultiver pour survivre, mais de produire pour vendre, exporter et développer.
Reconnecter deux Congo qui s’ignorent
Le diagnostic est connu :
Les zones rurales produisent… mais restent enclavées
Les villes consomment… mais s’approvisionnent à l’étranger
Entre les deux, une rupture : routes dégradées, logistique inexistante, pertes post-récolte massives.
Le thème de la conférence met ainsi l’accent sur un enjeu clé : connecter efficacement les bassins de production ruraux aux grands centres urbains comme Kinshasa, Lubumbashi ou Goma.
Routes de desserte agricole, chaînes de transport, entrepôts, marchés modernes… autant de maillons à reconstruire pour créer un véritable circuit économique national intégré.
Le monde rural au cœur de la relance
Longtemps considéré comme périphérique, le monde rural revient aujourd’hui au centre du débat.
Développer les campagnes, c’est :
- Créer des emplois pour les jeunes
- Réduire l’exode rural vers les grandes villes
- Stabiliser les territoires
- Lutter contre la pauvreté à la racine
En clair, le développement de la RDC passera par ses villages autant que par ses grandes villes.
Un rôle stratégique pour l’État et ses institutions
Pour que cette vision devienne réalité, l’État devra jouer un rôle de chef d’orchestre. La coordination entre les provinces, les ministères et les partenaires privés sera déterminante.
Des structures comme l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration (APCSC) sont appelées à structurer les projets, sécuriser les investissements et assurer le suivi des engagements.
L’enjeu est de taille : éviter que les initiatives restent dispersées ou sans impact réel sur le terrain.
Une opportunité à ne pas manquer
Au-delà des discours, tout dépendra désormais de la mise en œuvre :
- Quels projets concrets seront lancés dans les provinces ?
- Quels financements seront mobilisés ?
- Quelles infrastructures seront effectivement construites ?
Car le risque existe : celui de voir une vision ambitieuse se perdre dans les lourdeurs administratives et les promesses non tenues.
Un changement de paradigme en marche
Malgré ces défis, une chose est sûre :
le thème de cette conférence marque une évolution profonde.
La RDC semble vouloir tourner la page d’une économie tournée vers l’extérieur pour bâtir une économie enracinée dans ses territoires, connectée à ses marchés et portée par sa population.
Si ce pari est réussi, alors oui, la révolution économique congolaise pourrait bien commencer… dans les champs.
Gilbert Muhika Mudikaka