Afrique du Sud : la tentation xénophobe, ou le reniement d’une mémoire africaine

Une vidéo de plus. Une humiliation de trop.
En Afrique du Sud, un ressortissant ghanéen, pourtant en situation régulière, a été sommé de présenter ses papiers par un groupe de citoyens sud-africains… avant d’être invité à « rentrer chez lui ».
Un geste banal en apparence. Mais lourd de sens.
Car ce type de scène se répète. Et cette fois, elle a franchi un seuil diplomatique.

Accra hausse le ton

À Accra, l’indignation a été immédiate.
Les autorités ghanéennes ont qualifié ces actes d’intimidation inacceptables.
L’ambassadeur sud-africain a été convoqué.
Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont échangé directement.
Un signal fort : la xénophobie n’est plus seulement un problème interne, elle devient une crise diplomatique africaine.

Une réponse officielle… mais insuffisante ?

Du côté de Pretoria, les autorités tentent de rassurer.
Le ministre sud-africain de la police promet :

  • des sanctions contre les auteurs
  • des interpellations
  • une tolérance zéro affichée

Mais sur le terrain, le doute persiste.
Car les faits sont têtus : les manifestations anti-immigrés se multiplient.

Des mouvements radicaux de plus en plus visibles

À l’approche des élections municipales, la tension monte.
Des groupes comme Operation Dudula organisent des actions musclées :

  • blocage d’accès aux hôpitaux
  • exclusion des immigrés des écoles
  • contrôles informels dans l’espace public
    Une logique dangereuse : substituer la rue à l’État de droit.
    Une nouvelle manifestation est d’ailleurs annoncée à Pretoria dans les prochains jours.

Un vieux démon qui ressurgit

Ce phénomène n’est pas nouveau.
L’Afrique du Sud est régulièrement secouée par des émeutes xénophobes, visant principalement des ressortissants africains.
Mais aujourd’hui, la question devient plus grave : comment un pays qui a tant souffert de la discrimination peut-il reproduire des logiques d’exclusion ?

L’Afrique face à ses contradictions

Il y a une mémoire que l’Afrique ne peut pas trahir.
Celle d’un continent uni face à l’injustice.
Celle d’une solidarité sans frontières.
Lorsque le régime d’Apartheid opprimait les populations sud-africaines, toute l’Afrique s’était levée.
Des capitales africaines aux mouvements de libération, le continent entier avait fait bloc.
Aujourd’hui, ce même continent assiste, parfois impuissant, à des Africains rejetant d’autres Africains.

Un appel à la conscience africaine

Il est temps de le dire clairement : la xénophobie intra-africaine est une faute historique.
Elle fragilise :

  • l’intégration régionale
  • la libre circulation
  • le projet d’une Afrique unie
    Elle alimente aussi des discours de division qui servent rarement les intérêts du continent.

Au-delà des sanctions, une responsabilité politique

Sanctionner les auteurs est nécessaire.
Mais ce n’est pas suffisant.
Les gouvernements africains doivent :

  • condamner fermement ces dérives
  • éduquer à la solidarité panafricaine
  • protéger effectivement tous les ressortissants africains
    Car laisser faire, c’est légitimer.

Ne pas trahir l’héritage

L’Afrique ne peut pas se permettre d’oublier d’où elle vient.
Elle ne peut pas renier les sacrifices consentis pour la liberté.
Elle ne peut pas céder à la peur de l’autre… quand cet autre est africain.

Hier, l’Afrique s’est unie pour vaincre l’apartheid.

Aujourd’hui, elle doit s’unir pour vaincre la xénophobie.
Sinon, le combat d’hier n’aura servi à rien.

La Rédaction

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