Ne trahissons pas notre histoire : l’Afrique face au défi de la xénophobie
Il est des images qui dérangent.
Et d’autres qui obligent à parler.
Voir, en Afrique du Sud, un Africain exiger d’un autre Africain ses papiers avant de lui dire de « rentrer chez lui » n’est pas un simple incident.
C’est un signal.
Un signal grave.
Un signal inquiétant.
Car derrière cet acte se cache une dérive plus profonde : la banalisation de la xénophobie entre Africains.
Une fracture morale au cœur du continent
Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas qu’une affaire sud-africaine.
C’est une question africaine.
Lorsque des mouvements comme Operation Dudula empêchent des migrants d’accéder aux hôpitaux ou aux écoles, ce n’est pas seulement l’ordre public qui vacille.
C’est l’idée même d’Afrique qui est attaquée.
Lorsque des États africains convoquent des ambassadeurs pour dénoncer des actes d’intimidation, comme ce fut le cas entre Accra et Pretoria, ce n’est pas seulement une crise diplomatique.
C’est un malaise continental.
Avons-nous oublié d’où nous venons ?
Il fut un temps — pas si lointain — où l’Afrique savait se tenir debout.
Face au système d’Apartheid, le continent ne s’était pas divisé.
Il s’était uni.
Des peuples, des gouvernements, des mouvements de libération… tous avaient fait front commun.
Pourquoi ?
Parce que l’injustice contre un Africain était perçue comme une injustice contre tous.
Aujourd’hui, que reste-t-il de cet esprit ?
La tentation du repli : une impasse dangereuse
Il serait facile de justifier ces dérives par la crise économique, le chômage ou la pression sociale.
Mais ce serait une erreur.
Car l’histoire nous enseigne une chose : les peuples qui se divisent sur la base de la peur finissent toujours par s’affaiblir.
La xénophobie intra-africaine :
- fracture les sociétés
- fragilise les économies
- compromet l’intégration régionale
- détruit la confiance entre nations
Et au final, elle sert rarement ceux qu’elle prétend protéger.
Une responsabilité politique et moral
Les dirigeants africains ne peuvent plus se contenter de condamnations de façade.
Ils doivent :
- agir fermement contre les actes xénophobes
- protéger tous les ressortissants africains sur leur sol
- réaffirmer le principe de solidarité panafricaine
Car il ne s’agit pas seulement de sécurité.
Il s’agit de vision.
Quelle Afrique voulons-nous construire ?
Une Afrique de murs et de méfiance ?
Ou une Afrique d’ouverture et de coopération ?
Refonder le pacte panafricain
Le projet africain — qu’il s’agisse de la libre circulation, de l’intégration économique ou de la coopération politique — repose sur un socle simple : la reconnaissance mutuelle entre Africains.
Sans cela, tout le reste s’effondre.
Les infrastructures ne suffiront pas.
Les accords commerciaux non plus.
Car une intégration sans solidarité est une illusion.
Un appel à la conscience collective
Il est encore temps de réagir.
Temps de rappeler que :
- un Africain n’est jamais un étranger en Afrique
- la dignité humaine n’a pas de frontière
- la solidarité n’est pas un slogan, mais une exigence
L’Afrique ne peut pas se construire contre elle-même.
Rester fidèles à notre héritage
Hier, nous avons vaincu l’apartheid parce que nous étions unis.
Aujourd’hui, nous devons vaincre la xénophobie pour les mêmes raisons.
L’histoire nous regarde.
Les générations futures aussi.
Ne trahissons pas cet héritage.
Gilbert Muhika
Tribune panafricaine