Caisses Vides Kinshasa, mai 1997

Note : Histoire fictive. Personnages et événements inventés. Toute ressemblance est fortuite.

10h12 – Palais du Marbre

La salle du Conseil sentait la sueur et la peur.
Onze ministres attendaient un salaire jamais payé.

Lina Ekala, ministre de l’Économie, reçoit l’ordre :
“Va à la Banque Centrale. Paie tout le monde.”

Le ministre des Finances la retient :
“Mama Ekala, il n’y a plus rien. Les caisses sont vides.”

Le gouverneur Ndombele confirme au téléphone :
“Ici il n’y a plus rien. Même les cafards sont partis.”

Dans la salle, le général Makelo explose :
“Tu refuses de payer les gars au front !
Tu crois qu’un soldat meurt pour 100 dollars ?”

Likasa, le Premier ministre, désigne Ekala :
“Maman Ekala va vous servir.”

Elle lui glisse une note :
Caisses vides. Même en allant, il n’aura rien.

Il ne la lit pas à voix haute.
Il laisse l’illusion tenir 5 minutes de plus.

15h30 – Résidence officielle

Dîner silencieux. Poulet, riz, eau plate.
Dehors, la ville vibre.

À 16h00, son directeur de cabinet l’appelle :
“Madame, rentrez. Ils sont à Ndjili.”

À 19h00, le ministre des Finances rappelle :
“Je suis parti. Il n’est pas redescendu.”

Les appels pleuvent :
“Alors ? Tu as eu l’argent ?”

20h14 – Barrage de Matete

Phares éteints. Voiture lente.
Trois hommes en treillis bloquent la route.

L’un ouvre son sac. Trouve la note.
Il lit à voix haute : “Cai-sses… vi-des.”

Il la regarde, puis referme le sac :
“Partez. Avant que les autres arrivent.
Eux, ils ne liront pas. Ils tireront.”

17 mai – 06h47

Le sous-sol de l’imprimerie s’ouvre.
Kinshasa sent la poudre et le pillage.

Le commandant Nseka interroge Ekala :
“Où est l’argent ?”

Elle pose la note sur la table.
Nseka lit, puis dit :

“Gardez-la. Un jour, quelqu’un voudra savoir
pourquoi tout s’est effondré en 48 heures.
Ce papier vaudra plus que toutes les caisses du monde.”

Épilogue

Le gouvernement Likasa disparaît en une nuit.
Le général Makelo est retrouvé mort.
Ndombele ne revient jamais.

Vingt-six ans plus tard, on demande à Lina Ekala
pourquoi Kinshasa est tombée si vite.

Elle sort la note jaunie et répond :
“Parce qu’un pays ne tient pas debout
quand ses caisses sont vides.
Et son honneur aussi.”

Fin.

Gilbert Muhika

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