Ebola en RDC : l’Est du pays sous haute tension sanitaire, l’OMS redoute une aggravation de l’épidémie
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à la résurgence de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. Si le risque mondial demeure pour l’instant considéré comme faible, l’OMS classe désormais la menace comme « élevée » aux niveaux national et régional, en raison notamment de la progression rapide des cas suspects, de la fragilité du système sanitaire dans l’Est du pays et des déplacements massifs des populations dans une région en guerre.
Dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, la situation évolue à un rythme préoccupant. Les autorités sanitaires évoquent déjà plus de 800 cas suspects et près de 139 décès suspects, des chiffres qui pourraient encore grimper dans les prochains jours à mesure que les investigations épidémiologiques progressent.
Selon les experts de l’OMS, plusieurs facteurs aggravants expliquent cette inquiétude. L’épidémie aurait circulé durant plusieurs semaines avant sa détection officielle, laissant au virus le temps de se propager discrètement dans plusieurs zones déjà difficilement accessibles à cause de l’insécurité persistante.
Des hôpitaux débordés face à l’hécatombe
À Rumpara, en province de l’Ituri, l’hôpital principal peine à contenir l’afflux des malades. Les structures sanitaires, déjà affaiblies par des années de conflits armés et de sous-financement, se retrouvent aujourd’hui confrontées à une crise d’une ampleur dramatique.
Des familles endeuillées s’entassent à proximité immédiate des centres de soins, souvent sans protection adéquate, exposées elles-mêmes aux risques de contamination. Les scènes observées sur place rappellent les heures sombres des précédentes flambées d’Ebola qui ont meurtri l’Est congolais.
Le manque de lits, d’équipements de protection individuelle, de médicaments de soutien et même de personnel médical qualifié complique considérablement la riposte. Dans certaines zones, les patients seraient contraints d’attendre à même le sol avant une éventuelle prise en charge.
Bunia devient le centre névralgique de la riposte
À Bunia, grande ville de plus d’un million d’habitants située à quelques dizaines de kilomètres des foyers épidémiques, l’aide humanitaire commence à s’organiser. Cette ville stratégique sert désormais de plateforme logistique pour coordonner la réponse sanitaire dans toute la province de l’Ituri.
Face à l’urgence, l’OMS déploie depuis le Kenya d’importantes cargaisons de matériel médical. Des tonnes d’équipements sont actuellement acheminées vers l’Est de la RDC : kits de protection pour les soignants, respirateurs, équipements mortuaires spécialisés, structures temporaires de traitement et matériels destinés à la gestion des déchets hospitaliers contaminés.
Ces dispositifs visent notamment à :
- installer rapidement des centres de traitement temporaires ;
- protéger le personnel médical fortement exposé ;
- améliorer la prise en charge des cas graves ;
- sécuriser les enterrements afin de limiter la propagation du virus ;
- renforcer le transport et la destruction des déchets biomédicaux.
L’OMS insiste particulièrement sur la nécessité d’attirer davantage de volontaires et de personnels sanitaires dans les zones touchées, malgré les risques élevés encourus sur le terrain.
Goma sous surveillance dans un contexte sécuritaire explosif
L’autre grande inquiétude concerne la province du Nord-Kivu, où la ville stratégique de Goma demeure sous contrôle du mouvement rebelle M23 depuis plusieurs mois. Bien que les responsables locaux assurent que la situation y reste « sous contrôle », les autorités sanitaires redoutent une propagation rapide dans cette agglomération densément peuplée et très mobile.
Le traumatisme de la précédente épidémie reste encore vivace dans les mémoires.
Entre 2018 et 2020, Ebola avait provoqué près de 2 300 morts dans la région, faisant de cette flambée l’une des plus meurtrières de l’histoire africaine après celle de l’Afrique de l’Ouest.
Dans les rues de Goma, l’angoisse grandit déjà parmi les habitants.
« La dernière fois, Ebola a tué beaucoup de personnes. Nous avons perdu des amis, des membres de nos familles. Nous avons vécu les confinements et la peur permanente. Nous ne voulons plus revivre cela », confie un habitant rencontré dans la ville.
Cette peur collective est alimentée par les informations faisant état d’un nouveau variant du virus, pour lequel aucun traitement spécifique totalement efficace n’existe encore à ce stade.
Une crise sanitaire dans une région déjà ravagée par la guerre
La difficulté majeure de cette nouvelle flambée réside dans le contexte sécuritaire extrêmement dégradé de l’Est de la RDC. Les affrontements armés, les déplacements massifs de populations et l’existence de nombreuses zones hors contrôle gouvernemental compliquent fortement les opérations de surveillance sanitaire et de riposte rapide.
Dans plusieurs localités, les équipes médicales peinent à accéder aux populations touchées. Certaines structures de santé ont déjà été abandonnées ou détruites à cause des violences armées.
Cette combinaison entre crise sécuritaire et urgence sanitaire crée un terrain particulièrement favorable à la propagation du virus.
Kinshasa appelle à une mobilisation internationale
Depuis Kinshasa, le ministre congolais de la Santé multiplie les appels à la solidarité internationale. Les autorités congolaises estiment que les moyens actuellement disponibles restent insuffisants pour faire face à une crise susceptible de s’étendre rapidement à l’ensemble de la région des Grands Lacs.
L’OMS, de son côté, insiste sur l’urgence d’agir rapidement afin d’éviter une catastrophe humanitaire majeure. Les prochains jours seront déterminants pour contenir ou non cette nouvelle flambée.
Car derrière les chiffres et les statistiques, ce sont des milliers de familles congolaises qui vivent aujourd’hui dans la peur d’un nouveau cauchemar sanitaire.
Par Gilbert Muhika