CONSTITUTION EN RDC : ET SI LA SAGESSE SAUVAIT LA RÉPUBLIQUE ?
La République démocratique du Congo traverse une période délicate de son histoire politique. Le débat autour de la révision ou du changement de la Constitution s’est progressivement transformé en une confrontation nationale où deux camps s’observent, se défient et prennent le peuple à témoin.
D’un côté, les partisans d’une réforme constitutionnelle estiment qu’aucune nation ne peut évoluer durablement avec des textes devenus inadaptés aux réalités nouvelles. Ils soutiennent que les défis sécuritaires, économiques, institutionnels et géopolitiques imposent une réflexion profonde sur l’architecture de l’État.
De l’autre, les défenseurs du statu quo considèrent qu’ouvrir aujourd’hui le chantier constitutionnel pourrait fragiliser davantage la démocratie congolaise et créer des risques de personnalisation du pouvoir. Pour eux, la priorité devrait être le respect strict des textes existants avant toute ambition de modification.
Mais au milieu de cette bataille politique, une question essentielle mérite d’être posée : la RDC gagnerait-elle réellement à voir ce débat dégénérer en fracture nationale ?
Car lorsqu’une Constitution cesse d’être un instrument d’organisation de l’État pour devenir une arme de combat politique, c’est souvent la stabilité de la nation elle-même qui se retrouve menacée.
La sagesse impose donc un dépassement des passions.
La première urgence consiste à dépersonnaliser le débat. Une Constitution ne peut être réduite ni à un homme, ni à un mandat, ni à une ambition politique immédiate. Elle doit être pensée pour les générations futures et non pour les circonstances du moment.
Ensuite, il faut reconnaître une vérité simple : aucun camp ne détient entièrement la vérité.
Oui, une Constitution peut nécessiter des adaptations au fil du temps. L’histoire institutionnelle de nombreuses grandes démocraties le démontre. Mais oui également, toute réforme constitutionnelle peut devenir dangereuse lorsqu’elle manque de garanties, de transparence ou de consensus national.
C’est précisément pour cette raison que la RDC a aujourd’hui besoin non d’une victoire politique, mais d’un arbitrage de sagesse.
Pourquoi ne pas convoquer un véritable forum national de réflexion réunissant :
les confessions religieuses ;
les experts en droit constitutionnel ;
les universités ;
la société civile ;
les autorités coutumières ;
les jeunes ;
les forces politiques de la majorité comme de l’opposition ?
L’objectif ne serait pas d’imposer une position, mais de construire des lignes rouges communes capables de protéger à la fois la stabilité des institutions et les aspirations légitimes du peuple.
Un grand pays ne se construit pas dans l’humiliation d’une partie de ses citoyens. Il se construit dans la capacité à transformer les divergences en intelligence collective.
La démocratie n’exige pas l’unanimité. Elle exige l’écoute.
L’histoire enseigne que les nations tombent rarement parce qu’elles débattent. Elles tombent lorsqu’elles cessent de se parler.
La RDC mérite mieux qu’un affrontement permanent autour de sa Loi fondamentale. Elle mérite une classe politique capable de comprendre qu’au-dessus des intérêts des camps se trouve une réalité supérieure : la survie et la stabilité de la République.
Comme le rappellent les sagesses africaines, lorsque deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre. Mais lorsqu’ils choisissent enfin d’avancer ensemble, c’est toute la forêt qui respire.
Et peut-être que la véritable victoire politique aujourd’hui serait simplement celle de la sagesse.
Par Gilbert Muhika