Kinshasa, capitale de l’insalubrité : la colère présidentielle face à l’échec collectif des institutions

La récente sortie du Président de la République, Félix Tshisekedi, sur l’état de salubrité de Kinshasa a résonné comme un véritable avertissement politique. Face aux montagnes d’immondices, aux caniveaux bouchés et aux quartiers transformés en décharges à ciel ouvert, le Chef de l’État a exprimé une indignation qui rejoint celle de millions de Kinois.

Mais au-delà de la colère présidentielle, une question fondamentale mérite d’être posée : qui est réellement responsable de la propreté de Kinshasa ?

Le débat public semble souvent se limiter au gouverneur de la ville et aux autorités urbaines. Pourtant, l’insalubrité chronique de la capitale révèle un problème beaucoup plus profond : celui de la faiblesse de la gouvernance urbaine à tous les niveaux de l’État.
Une ville de plus de quinze millions d’habitants ne peut être gérée seule

Dans les grandes métropoles du monde, la gestion urbaine ne repose jamais exclusivement sur les autorités locales. Les gouvernements centraux interviennent à travers des politiques nationales, des mécanismes de financement, des programmes d’infrastructures et des institutions spécialisées.

Kinshasa concentre à elle seule une part importante de la population urbaine congolaise. Son développement constitue un enjeu national et même stratégique. L’image de la capitale est indissociable de celle du pays tout entier.

Dès lors, la question de l’assainissement ne peut être abandonnée aux seules capacités financières et techniques de la ville-province.

Le rôle attendu du ministère des Villes

À cet égard, le ministère national chargé de la Ville et de l’Habitat devrait être l’un des principaux acteurs de la transformation urbaine de Kinshasa.
Son rôle ne devrait pas se limiter à la formulation de politiques ou à l’organisation d’ateliers. Il devrait être au cœur de la planification urbaine nationale.

Le ministère pourrait notamment :

  • élaborer une politique nationale de salubrité urbaine ;
  • définir des normes applicables à toutes les grandes villes du pays ;
  • coordonner les investissements nationaux destinés à l’assainissement ;
  • accompagner techniquement les provinces ;
  • mettre en place un système national d’évaluation des performances urbaines ;
  • mobiliser des financements internationaux dédiés à la gestion des déchets et à la résilience climatique.

Une capitale moderne ne se construit pas uniquement avec des arrêtés provinciaux. Elle nécessite une vision nationale.

Le défi du financement

L’une des faiblesses majeures demeure l’absence d’un financement durable de la salubrité urbaine.
Pourtant, plusieurs sources pourraient être mobilisées :

  • une quote-part des recettes nationales affectée aux infrastructures urbaines ;
  • un fonds national d’assainissement ;
  • des partenariats public-privé pour la collecte et le traitement des déchets ;
  • des mécanismes de financement climatique soutenus par les partenaires internationaux ;
  • des contributions des grands opérateurs économiques bénéficiant directement des infrastructures urbaines.

La propreté d’une capitale n’est pas une dépense de prestige. C’est un investissement dans la santé publique, l’attractivité économique et la dignité nationale.

Une responsabilité partagée

Il serait injuste de faire de l’insalubrité de Kinshasa le seul procès du gouverneur ou des bourgmestres.
Les responsabilités sont partagées entre :

  • les autorités provinciales ;
  • les communes ;
  • le gouvernement central ;
  • les services techniques de l’État ;
  • les opérateurs économiques ;
  • et les citoyens eux-mêmes.

L’accumulation des déchets dans les caniveaux est aussi le reflet d’un déficit de civisme, d’encadrement et d’éducation environnementale.

Transformer la colère en réforme

La colère du Président de la République ne prendra tout son sens que si elle débouche sur une réforme structurelle.
Le moment est peut-être venu de convoquer des États généraux de la gouvernance urbaine afin de redéfinir clairement les responsabilités de chaque institution et de bâtir un véritable plan national de modernisation des villes congolaises.

Car le problème de Kinshasa dépasse la simple question de la saleté.

Il touche à la capacité de l’État congolais à organiser son espace urbain, à mobiliser ses ressources et à offrir à ses citoyens un cadre de vie conforme aux ambitions d’un pays continent.

La capitale de la RDC mérite mieux qu’une succession de campagnes ponctuelles d’assainissement. Elle mérite une vision, des moyens et une gouvernance à la hauteur de son statut de plus grande métropole d’Afrique centrale.

La propreté de Kinshasa n’est pas seulement l’affaire de l’Hôtel de Ville. Elle est devenue un test national de gouvernance.

Par Gilbert Muhika

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