RÉVISION CONSTITUTIONNELLE EN RDC : ENTRE VÉRITÉ, MANIPULATION ET URGENCE NATIONALE
Dans une sortie médiatique qui fait grand bruit, Léonard She Okitundu, figure emblématique de l’ancien régime de Joseph Kabila, affirme que la Constitution de la RDC de 2006 n’aurait pas été entièrement élaborée par les Congolais. Selon lui, le texte aurait été “travaillé à Kigali”, au Rwanda, avant d’être ramené à Kinshasa par des acteurs politiques de premier plan. Plus encore, il qualifie les opposants à une éventuelle révision constitutionnelle “d’ennemis du Congo”.
Des propos explosifs qui relancent le débat national… mais posent surtout une question essentielle : parle-t-on ici de vérité historique ou d’une manœuvre politique ?
Il y a des déclarations qui éclairent.
D’autres qui troublent.
Et puis il y a celles qui tentent de redessiner l’histoire pour peser sur l’avenir.
Les propos récents de Léonard She Okitundu appartiennent clairement à cette troisième catégorie.
Affirmer que la Constitution de la RDC de 2006 aurait été “travaillée à Kigali” avant d’être imposée au peuple congolais est une accusation grave. Très grave. Trop grave pour être prise à la légère. Mais aussi trop grave pour être acceptée sans preuves.
UNE “BOMBE” POLITIQUE… MAIS PAS UNE PREUVE
Oui, la RDC sortait d’une guerre.
Oui, le processus issu des Accords de Sun City a été fortement influencé par des puissances étrangères.
Oui, la région — notamment le Rwanda — avait des intérêts stratégiques évidents.
Mais non, cela ne suffit pas à affirmer que la Constitution congolaise a été “fabriquée à Kigali”.
À ce jour :
- aucune preuve documentaire sérieuse ne corrobore cette thèse
- aucun rapport indépendant crédible ne valide ce récit
- aucun acteur clé n’a confirmé une telle opération
Ce que l’on a, en revanche, c’est un témoignage tardif. Très tardif.
Celui d’un homme qui fut au cœur du système de Joseph Kabila… et qui n’a jamais dénoncé cela à l’époque.
LE SILENCE D’HIER INTERROGE LA PAROLE D’AUJOURD’HUI
C’est ici que le doute devient politique.
Pourquoi se taire pendant des années…
…pour parler aujourd’hui, au moment précis où la question de la révision constitutionnelle revient dans le débat national ?
Est-ce une confession ?
Un calcul ?
Ou une tentative d’influencer l’opinion ?
Dans tous les cas, une chose est certaine : une vérité qui arrive trop tard sans preuve ressemble souvent à une stratégie.
DÉRIVE DANGEREUSE : TRAITER LES OPPOSANTS D’“ENNEMIS”
Mais le point le plus inquiétant n’est pas là.
Le véritable danger réside dans cette phrase : « Ceux qui s’opposent à la révision sont des ennemis du Congo. »
Non.
Dans une démocratie, s’opposer n’est pas trahir.
Questionner n’est pas saboter.
Refuser n’est pas être un ennemi.
C’est précisément ce type de discours qui :
étouffe le débat
radicalise les positions
ouvre la voie à des dérives autoritaires
Si la révision constitutionnelle doit avoir lieu, elle ne peut pas être portée par la stigmatisation, mais par la conviction.
LE VRAI DÉBAT QUE LA RDC DOIT AFFRONTER
La question n’est pas :
“La Constitution vient-elle de Kigali ?”
La vraie question est beaucoup plus sérieuse :
La Constitution actuelle répond-elle encore aux défis du Congo d’aujourd’hui ?
Et surtout :
Quelle révision ? Pour quoi faire ? Au bénéfice de qui ?
Sans réponses claires à ces questions, toute réforme sera suspecte.
Et toute suspicion nourrit l’instabilité.
AU POUVOIR : UNE RESPONSABILITÉ HISTORIQUE
Le régime en place est face à un choix crucial :
- Soit il instrumentalise ce type de déclarations et transforme la réforme en combat politique au risque de fracturer davantage le pays
- Soit il élève le débat en s’appuyant sur des faits vérifiables en impliquant toutes les sensibilités et en construisant un consensus national
L’histoire jugera ce choix.
LE CONGO MÉRITE MIEUX QUE DES RÉCITS
Le peuple congolais n’a pas besoin :
- de révélations tardives
- de récits non vérifiés
- de procès en patriotisme
Il a besoin :
- de vérité
- de transparence
- de vision
La Constitution n’est pas un outil de revanche politique.
C’est le socle de la République.
Et ce socle ne se réforme pas avec des “bombes médiatiques”.
Il se réforme avec rigueur, vérité et responsabilité.
Le débat est ouvert. Mais qu’il soit à la hauteur du Congo.